CES LAS VEGAS 20276 au 9 janvier 2027
Santé

Santé connectée : le CES 2027 devra montrer ce que mesurent les capteurs

Depuis janvier 2026, l'agence américaine du médicament (FDA) laisse les objets connectés estimer la tension sans autorisation médicale, à condition de rester sur le terrain du bien-être. Le CES 2027 sera le premier à montrer ce que les fabricants font de cette liberté, et la question de la preuve clinique passe des régulateurs aux acheteurs.

Par Matt14 octobre 20266 min de lecture
Main robotique et circuit électronique, illustration générée

Le 6 janvier 2026, pendant le CES, la Food and Drug Administration (FDA), l'agence américaine chargée des médicaments et des dispositifs médicaux, a publié une version révisée de sa politique sur les produits de bien-être à faible risque. Selon l'analyse du cabinet Covington publiée le même mois, un produit non invasif qui estime la tension artérielle peut désormais relever du bien-être, à condition de ne citer aucune maladie, aucun seuil diagnostique et de ne déclencher aucune action clinique. En juin 2026, selon l'université Duke, la FDA a autorisé WHOOP à commercialiser sa fonction d'estimation de la tension comme un outil de bien-être, revenant sur un avertissement adressé en 2025. Le CES 2027, du 6 au 9 janvier, sera la première édition complète à se tenir sous ce régime.

Le sujet compte maintenant parce que le marché change de forme. Selon Counterpoint Research (8 septembre 2026), les livraisons mondiales de montres connectées ont reculé de 4 % sur un an au deuxième trimestre 2026, première baisse depuis un an, et le cabinet ne prévoit que 1 % de croissance sur l'année. Dans le même temps, selon IDC (International Data Corporation) cité par Fitt Insider le 6 janvier 2026, les bagues connectées ont progressé d'environ 49 % en 2025, pour environ 4,3 millions d'unités, contre 163,5 millions de montres. Quand le volume plafonne, la valeur se cherche dans les fonctions de santé, et c'est précisément là que la frontière réglementaire vient de bouger.

Trois lectures de la même liberté

La première lecture est celle de l'industrie et des régulateurs américains : moins de contraintes, plus d'innovation. Les conditions posées par la FDA restent toutefois précises. Selon Covington, un produit sort du bien-être s'il affiche des valeurs non validées qui imitent des valeurs cliniques, s'il se présente comme équivalent à un dispositif autorisé ou « de qualité médicale », ou s'il émet des alertes qui orientent une décision de soin. Il peut seulement suggérer de consulter un professionnel quand une mesure sort des plages habituelles.

La deuxième lecture vient de la recherche. Jessilyn Dunn, professeure associée de génie biomédical à Duke, a cosigné en juin 2026 un commentaire dans Nature Biomedical Engineering. Selon le compte rendu de l'université du 6 juillet 2026, elle reproche à la politique de laisser les fabricants qualifier leurs mesures de « validées » sans définir ce que cela exige : aucune taille d'échantillon, aucune diversité de population, aucun test indépendant, aucune publication obligatoire. Pour elle, quand la supervision recule, la charge de juger la précision revient aux consommateurs et aux médecins, et les avertissements ne changent pas l'usage réel des données.

La troisième lecture est européenne et va dans le sens inverse. En France, la prise en charge anticipée numérique (PECAN), dont la Haute Autorité de santé (HAS) a précisé les principes d'évaluation en septembre 2025, permet de rembourser pendant 12 mois un dispositif médical numérique avant la fin de son développement clinique. Elle exige pourtant deux conditions cumulatives : un marquage CE pour l'indication revendiquée et une présomption d'innovation fondée sur de premières données cliniques, avec des études en cours capables de fournir une évaluation complète. L'accélération française passe par la preuve ; l'assouplissement américain passe par la catégorie du bien-être.

Les investisseurs, eux, arbitrent déjà. Selon Rock Health, cité par Healthcare Dive le 16 juillet 2026, les entreprises américaines de santé numérique ont levé 7,4 milliards de dollars en 244 opérations au premier semestre 2026, dont 45 % concentrés dans 20 opérations de plus de 100 millions. Les auteurs notent que les acheteurs, submergés d'offres d'IA (intelligence artificielle), ont peu d'appétit pour les déploiements ratés. Le capital va donc vers ceux qui peuvent démontrer un résultat, ce qui rejoint la position de Jessilyn Dunn plus que celle d'un marché du bien-être sans contrainte.

Ce que le CES 2027 permettra de vérifier

Le salon organise sa santé autour du Health Hub, installé au Venetian et présenté par Abbott. Le programme annoncé par la CTA (Consumer Technology Association), l'organisatrice du salon, couvre l'IA, les objets connectés, la surveillance à distance, les thérapies numériques et la médecine de précision. Ce voisinage offre une grille de lecture simple : pour chaque produit, savoir s'il est présenté comme un outil de bien-être ou comme un dispositif médical, et sur quelle étude il s'appuie.

Trois questions permettront de trier les annonces. La mesure affichée a-t-elle été comparée à une référence clinique, sur combien de personnes, et l'étude est-elle publiée ? Le produit est-il vendu comme un objet de bien-être aux États-Unis et, dans le même temps, engagé dans un parcours de marquage CE ou de remboursement en Europe ? Et quelle part de la valeur repose sur le capteur, quelle part sur le modèle logiciel qui interprète le signal ? Counterpoint signale que la mesure de la tension et l'estimation non invasive du glucose figurent parmi les fonctions attendues pour relancer le renouvellement des montres : ce sont donc les annonces à examiner en priorité.

La dimension asiatique comptera aussi. Selon Counterpoint, Huawei a atteint 22 % des livraisons mondiales de montres au deuxième trimestre 2026, dont environ 80 % en Chine, et la Chine représente un record de 38 % du marché mondial. Les fonctions de santé les plus avancées pourraient donc être pensées d'abord pour un marché et un cadre réglementaire qui ne sont ni américains ni européens.

Ma lecture : un test pour la thèse

La santé connectée confirme une partie de ce que je défends sur le CES. Une bague ou une montre ne vaut que par son sous-jacent : un capteur optique, un algorithme qui transforme un signal bruité en estimation, et un protocole de validation qui relie les deux. C'est la conjugaison du logiciel et du matériel dans sa forme la plus exigeante, puisqu'une erreur ne se mesure pas en confort mais en décision de santé.

Les faits obligent cependant à une réserve. L'assouplissement de la FDA crée une incitation à rester dans la catégorie du bien-être, où l'on peut afficher un chiffre sans en prouver la précision. Si le CES 2027 multiplie les estimations de tension et de glucose sans études publiées, il donnera raison aux inquiétudes de Jessilyn Dunn et contredira l'idée d'un salon qui laisse moins de place aux gadgets. Dans ce domaine, le gadget n'est pas l'objet amusant : c'est la mesure non validée présentée comme une information de santé.

Le champ des possibles reste réel : les capteurs progressent, les usages se déplacent vers le suivi continu, et l'Europe montre qu'un remboursement rapide peut coexister avec une exigence de preuve. Ce que je chercherai à Las Vegas, ce sont les entreprises capables de présenter, à côté du produit, le protocole qui le valide. C'est là que se situe le sous-jacent industriel de la santé connectée : moins dans le boîtier que dans la chaîne qui relie capteur, logiciel et preuve clinique.

Ce que disent les analystes

FDA (analyse du cabinet Covington)

Des produits non invasifs estimant des paramètres comme la tension peuvent relever du bien-être s'ils ne citent aucune maladie, aucun seuil et n'orientent aucune action clinique.

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Duke UniversityJessilyn Dunn

La politique de la FDA permet de qualifier des mesures de validées sans standard minimal d'étude ; la charge de juger la précision glisse vers les consommateurs et les médecins.

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Counterpoint ResearchAnshika Jain et Mohit Agrawal

Le marché des montres connectées recule au deuxième trimestre 2026 et Huawei atteint un record de parts de marché ; la tension et le glucose non invasif font partie des fonctions qui pourraient relancer le renouvellement.

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Rock Health

Le financement de la santé numérique américaine progresse au premier semestre 2026, mais se concentre sur les grandes opérations, et les acheteurs tolèrent peu les déploiements ratés.

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Haute Autorité de santé (HAS)

La prise en charge anticipée française rembourse un dispositif numérique pendant 12 mois, mais seulement avec un marquage CE et une présomption d'innovation fondée sur des données cliniques.

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Sources

Analyse préparée avec des agents et relue par Matt.

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